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Tzigane de Braconier : « La Bretagne m’a permis de devenir créatrice de costumes »

Installée en Bretagne depuis cinq ans, Tzigane de Braconier a créé les costumes de « L’île de la demoiselle » de Micha Wald. Tourné essentiellement à Ouessant durant l’automne 2024, ce film qui se déroule au 16ème siècle, sortira en salle le 25 mars prochain.

Crédit photo : « L’île de la demoiselle » © KG Productions – Stenola Productions

Dans votre parcours professionnel qu’est-ce qui vous a conduite de la Belgique à Paris puis à la Bretagne ?

Crédit photo : Tzigane De Braconier, créatrice de costume cinéma

A l’école des arts visuels de la Cambre, le couturier Jean-Charles de Castelbajac faisait partie de mon jury de diplôme. J’ai déménagé à Paris pour travailler avec lui et je suis restée dix ans dans le monde de la mode. Puis en 2014, la costumière et créatrice Agnès Béziers m’a engagée sur Les nouvelles aventures d’Aladdin. Ce fut une rencontre décisive, je l’ai suivie sur de nombreux projets. J’ai travaillé également pour la télévision et la publicité. C’est justement sur une publicité qui se tournait en Bretagne que j’ai entendu parler pour la première fois de L’Ile de la demoiselle. Le film était alors en repérages.

D’où sont venues vos inspirations pour la création des costumes de « L’île de la demoiselle » ? 

J’ai d’abord été attentive aux intentions du réalisateur, Micha Wald, qui citait principalement deux films, Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog et The Young lady de William Oldroy. J’ai commencé par une recherche basique des patronages du 16e siècle, un âge charnière entre le Moyen Age et la Renaissance. Je me suis aussi inspirée d’une collection de 2016 du couturier Valentino, d’ambiance très moyenâgeuse. Cependant, nous avions beaucoup de contraintes techniques, budgétaires, de lieu et de météo. J’ai donc cherché des matières nobles mais qui sèchent rapidement et ne soient pas trop lourdes. J’ai trouvé de la faille, une étoffe de soie au tissage épais, aux propriétés techniques idéales. La créatrice de costumes Catherine Leterrier m’a conseillé de revoir La reine Margot. Les vêtements du film sont magnifiques et ont été reconstitués avec beaucoup de liberté. Pour L’Ile de la demoiselle nous avons donc simplifié les patrons des robes de l’époque, en choisissant des lignes très précises et très pures. Les vêtements de sa suivante, Damienne, m’ont été inspirés par une toile de Rembrandt. J’ai également eu accès à des dessins du peintre de l’époque, Jean Clouet, qui m’ont été très utiles.

Marguerite de La Rocque a vécu deux ans sur une île canadienne et était enceinte à son arrivée. C’était un autre pari pour les costumes ?

Au départ, l’héroïne devait arriver sur l’île avec une dizaine de robes dans ses malles, mais nous nous sommes arrêtés sur deux robes, une bleue et une rouge. Il fallait jouer le temps, vieillir progressivement tous les costumes. Au fur et à mesure de sa grossesse, Marguerite transforme sa robe, qui devient cape ou pantalon, elle utilise des couvertures comme châles. Nous avons travaillé avec cinq exemplaires de chaque robe, dont une version quasi neuve et une autre en lambeaux. Elles ont plutôt bien tenu face aux intempéries. Je me suis fait plaisir en créant la cape de la Reine Marguerite de Navarre, avec fourrure et broderies. C’est d’ailleurs une couturière bretonne qui a réalisé ces broderies, Brigitte Gadenne. Tous les bijoux ont été créés sur mesure par une jeune artiste à Pont-l’Abbé, Soizic Potier. C’est très créatif de trouver ensemble des solutions sur place. 

Crédit photo : « L’île de la demoiselle » © KG Productions – Stenola Productions

Comment était composée votre équipe costumes sur ce film ?

Micha Wald est belge et L’Ile de la demoiselle est une coproduction belge. J’ai donc engagé deux habilleuses, une belge et une bretonne. Nous avons loué un atelier en Bretagne, où je travaillais avec une couturière-patronnière turque que je connais depuis longtemps et une auxiliaire bretonne. Clara Ormière, costumière à Paris faisait les allers et retours entre Bruxelles et la Bretagne. J’ai également embauché une patineuse belge pour la teinture et le vieillissement des tissus, et trois renforts bretons pour un jour chacun. La responsable des décors, Helena Cisterne, est également bretonne.  Au final c’était une petite équipe. J’ai vraiment apprécié de travailler avec des bretons et des belges. Ce sont mes deux familles.

Récemment vous avez été cheffe costumière sur Gilles United, premier film de Grégoire Ludig, également tourné en Bretagne. Une autre ambiance ?

Oui, Gilles United c’était un univers complètement différent ! C’est une comédie contemporaine tournée entre Concarneau et Lorient, dont le héros est fan de football. Nous avons notamment tourné pendant un match Lorient-Nice et Lorient a gagné. C’était très joyeux. Pour ce film comme pour le précédent, l’Accueil des tournages breton est très facilitateur. Ils m’ont donné accès à leurs fichiers, ils savent mettre en lien les techniciens et ils nous ont prêté des locaux à Rennes pour les essayages.

Vous continuez cependant à travailler parfois à Paris ?

Oui, pour Dracula de Luc Besson en 2024 par exemple. J’apprends beaucoup, je varie mes rôles sur les tournages, je rencontre de nouvelles personnes. En Bretagne, pour L’Ile de la demoiselle comme pour Gilles United, j’ai travaillé comme créatrice des costumes. Ainsi, grâce à la Bretagne, on m’a donné davantage de responsabilités. J’ajoute qu’à force de se croiser sur des tournages, les équipes se connaissent mieux. On devient vite une famille.

Crédit photo : Tzigane Le Braconier sur le tournage de « L’île de la demoiselle » ©Mélanie Bodolec

Imaginiez-vous cela en vous installant à Penmarch ?

Je me suis installée dans la maison de ma grand-mère pendant le confinement et nous sommes restés. Je connaissais la région, puisque ma grand-mère avait sept sœurs qui vivaient toutes entre Bénodet et Brest. Je venais pour les vacances d’été chaque année. Quand j’ai décidé de rester, tout le monde m’a dit que je ne trouverai pas de travail. Or ce n’est pas du tout le cas et ce n’est pas fini. Ce genre de films donnera sans doute envie à d’autres réalisateurs de venir tourner ici.

Propos recueillis par Valérie Ganne.

Soutenu par Bretagne Cinéma, le film a reçu l’aide financière de la Région Bretagne en partenariat avec le CNC et l’accompagnement personnalisé de l’Accueil des tournages.

Découvrir le film « L’île de la demoiselle »

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