Aller au contenu

« Nous avons vécu la série « Camarades » comme une véritable œuvre collective. »

Manon Poudoulec, directrice de casting et chargée de figuration, est installée à Saint-Brieuc depuis une vingtaine d’années. Camille Archambeaud est assistante-réalisatrice après une formation de comédienne et en arts du spectacle à Rennes. Ensemble, elles ont trouvé les comédien·nes et figurant·es de nombreux films tournés en Bretagne comme récemment « Les filles du Roy »* de Pascal Plante, « Le trésor »* de Vincent Mariette et en 2025 la série « Camarades »* réalisée par Benjamin Charbit et Dominique Baumard.

Pour ce récit de la création de l’université de Vincennes, elles ont casté une vingtaine de rôles et 220 figurants bretons. Entretiens croisés avant la diffusion sur Arte à partir du 24 septembre prochain.

Crédit photo : Manon Poudoulec et Camille Archambeaud sur le tournage du court métrage « La robe rouge » © Maude Gallon

Manon, comment êtes-vous venue au métier du casting ?

Manon Poudoulec : Après avoir étudié les arts du spectacle à Montpellier, j’ai très vite travaillé sur des courts métrages réalisés par des amis. Dès que j’ai goûté au plateau, j’ai adoré. Je suis partie découvrir les métiers du cinéma à Paris, en me formant sur des courts-métrages, puis sur des tournages professionnels. J’ai travaillé sur tous les postes, assistante de production, scripte, régisseuse, jusqu’à me spécialiser comme assistante de réalisation, chargée de figuration et du casting rôles. Lorsque je suis arrivée à Saint-Brieuc en 2006, j’ai d’abord créé une société de formation en écriture et réalisation. Puis je suis revenue sur les tournages comme responsable de casting rôles et figuration. Depuis, je travaille quasi exclusivement en Bretagne : à mon poste, il y a une vraie légitimité à chercher des comédien.nes sur le territoire sur lequel je vis. Je me considère comme chanceuse, c’est un métier très varié et enrichissant.

Camille, comment avez-vous rencontré Manon ? 

Camille Archambeaud : J’étudiais les arts du spectacle à Rennes et je me suis inscrite en parallèle au conservatoire d’art dramatique de St Brieuc. C’est là que j’ai rencontré Manon et que nous avons commencé à sympathiser. Quelques années plus tard, quand elle a commencé à beaucoup travailler comme directrice de casting, elle m’a demandé de l’aide pour donner la réplique à des comédien·es en audition. Et depuis, elle me propose régulièrement de l’assister. Nous nous entendons très bien professionnellement, ce qui n’est pas forcément acquis quand on est amies.

Quels rôles avez-vous castés sur « Camarades » ?

Manon : La série raconte la création de l’université de Vincennes en 1969 et a été tournée principalement à la faculté de Beaulieu à Rennes. Nous avions la responsabilité d’une vingtaine de rôles à recruter dans la région, majoritairement des étudiants. J’ai une bonne connaissance du terrain mais j’aime aussi chercher de nouvelles têtes. Grâce à l’école du TNB (Théâtre National de Bretagne) à Rennes, nous avons rencontré les étudiants de la nouvelle promotion, mais aussi ceux sortis de l’école depuis six ans.

Nous avons organisé huit jours de casting en salle pour auditionner une centaine de comédien·nes. Au final, nous avons trouvé douze étudiant·es, cinq professeur·es et deux ouvriers. Nous cherchions des profils de l’époque, des étudiants politisés, aux cheveux longs mais pas trop pour les hommes, parfois courts pour les femmes. Ceux qui ont été choisis ont naturellement créé un groupe soudé sur le tournage. Ils sont toujours en contact, un couple s’est même formé !

« Camarades » a rassemblé beaucoup de figurant.es, comment les avez-vous cherchés ?

Manon : Nous devions trouver 220 figurant.es. Pour la figuration, je passe systématiquement des annonces, notamment sur le site de Bretagne Cinéma. Je tiens à poster des annonces très détaillées en lien avec les profils recherchés, car nous traitons toutes les réponses. C’est chronophage mais cela nous permet de créer une base de données très précise. D’ailleurs, je poste une nouvelle annonce pour chaque projet, c’est important de renouveler les figurant.es. Grâce à eux nous créons des tableaux vivants.

Crédit photo : Figurants sur le tournage de la Série « Camarades © Manon Poudoulec

Pour les autres projets, vous cherchez par quel biais ?

Manon : J’ai une adresse mail professionnelle qui circule, sur laquelle je reçois des candidatures spontanées. J’utilise notamment Film France Talents mise à jour par l’Accueil des tournages Bretagne Cinéma. Quand certains rôles demandent des profils très particuliers ou pour les enfants et adolescents, il faut chercher différemment : je poste une annonce, je contacte des associations, des cours de théâtre. Nous sommes un peu des « chasseuses de têtes ».

Nous recevons de plus en plus de demandes, surtout pour la figuration. Certaines candidatures sont parfois très éloignées des critères de l’annonce ou ne sont même pas de Bretagne. On sent que c’est la crise. Depuis trois ans, il y a de plus en plus de demandes d’intermittent.es, de comédien.nes, musicien.nes, circassien.nes, qui ont du mal à boucler leur année. Et ça va crescendo.

La série « Camarades » a donc été une expérience unique en termes d’enjeux de casting et de temps de tournage ?

Manon : Tout à fait. Nous avons été présentes sur tout le tournage et c’était nécessaire. Sur le plateau, à l’accueil le matin, mais aussi pour préparer les journées suivantes et suivre le travail administratif. Le minimum de figurant.es présents sur un jour de tournage de « Camarades » était de cinq personnes et nous avons encadré jusqu’à 135 personnes. Les figurant.es ont effectué 1570 cachets (journées de tournage) au total, un nombre très important. Avec Camille, nous alternions chacune les matinées et après-midis entre le plateau et le bureau. Les réalisateurs nous étaient reconnaissants d’être présentes. C’est vraiment une série de figuration, nous avons vécu ce projet comme une œuvre collective.

Camille : Nous avons travaillé deux mois et demi en préparation et deux mois sur le tournage qui a débuté en juillet 2025. Nous étions totalement intégrées dans l’équipe. C’est vraiment le projet le plus collectif auquel j’ai participé. Cela rejoint d’ailleurs le propos de la série, la création d’une université par la force du collectif.

Crédit photo : Figurants sur le tournage de la Série « Camarades © Manon Poudoulec

Est-ce aujourd’hui la norme de travailler à deux pour le casting d’un projet ?

Camille : Pour « Camarades » c’était évidemment nécessaire. Pour les auditions des rôles, il est indispensable d’avoir une personne qui donne la réplique. On fait du meilleur travail à deux. Les directrices et directeurs de casting savent convaincre le réalisateur ou la production de l’utilité d’avoir un.e assistant.e. C’est le cas de Manon ou d’autres directrices de casting en Bretagne, qui préfèrent partager leur temps de préparation plutôt que de travailler seules. C’est possible en Bretagne, un territoire très dynamique en matière de films avec une Région très soutenante.

Habituellement, comment vous répartissez-vous les tâches ?

Camille : Quand nous cherchons des rôles, Manon me propose des noms, j’en trouve aussi parfois, puis je cale les rendez-vous pour les auditions. Manon filme, je donne la réplique, car je suis aussi comédienne. Elle donne les indications de jeu, directement en lien avec les réalisateurs ou réalisatrices, elle sait ce qu’ils cherchent. Mais elle me laisse aussi la liberté de proposer des choses. Elle revisionne les essais chez elle et sélectionne ceux qu’elle envoie aux cinéastes (en général deux scènes par comédien·nes  pour montrer plusieurs facettes de leur jeu).

Manon : Ensuite, lorsque les comédien.nes tournent, notre rôle est terminé, l’équipe mise en scène prend le relais sur le tournage. Mais dès qu’il y a plus de dix figurant.es sur le plateau, je viens sur le tournage. D’ailleurs j’aime beaucoup y aller, c’est l’aboutissement de mon travail. Tout prend sens, l’accueil, les rencontres humaines. Lorsque certaines scènes nécessitent plus de trente figurant.es, comme sur « Camarades », Camille m’accompagne.

Crédit photo : ©Agat Films & Cie

Camille, vous êtes à la fois assistante casting et réalisation. Comment ces deux métiers se réunissent-ils dans votre pratique ?

Camille : Comme assistante de réalisation, je travaille pendant toute la préparation et le tournage. Quand je suis assistante casting, je suis présente majoritairement pendant la préparation et c’est parfois frustrant. Il m’est arrivé d’enchainer le statut d’assistante casting puis de troisième assistante réalisation sur un même projet, c’était vraiment très agréable. J’ai retrouvé sur le plateau les comédien·nes  que j’avais contribué à choisir, je me suis occupée d’eux, il y avait une vraie logique. Mais ce cas de figure reste rare.

Manon, vous avez réalisé votre court-métrage « La Robe rouge », dans le cadre du dispositif « Clin d’œil » de Films en Bretagne. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Manon : C’est une initiative de l’association Films en Bretagne. Ce réseau audiovisuel breton s’est mobilisé sur la base du volontariat et du bénévolat pour réaliser de très courts métrages de 5 à 6 minutes. Une plateforme a été créée pour les projets, les technicien.nes se sont inscrits et ça a très bien fonctionné. J’ai écrit « La Robe rouge » pour ce dispositif en décembre 2024, nous avons tourné en février et le film a été terminé et diffusé en mai 2025. Ça s’est fait très rapidement, c’était magique. Mon court métrage a été diffusé par Zoom Bretagne en première partie de longs métrages, puis au Festival de Vannes en 2025. Il tourne encore en festivals, avec onze sélections, dont une en Italie. « La Robe rouge » fait son petit bout de chemin.

Camille :  « Clin d’œil » est au départ une initiative de comédien.nes qui vivent en Bretagne et à qui on propose rarement des rôles principaux, mais au final tous les corps de métier se sont emparés du dispositif. Films en Bretagne réunit environ 450 professionnels du cinéma. C’est une façon de se rencontrer, de se créer des opportunités et de montrer ce que l’on sait faire ici. Pour ceux et celles qui avaient envie de réaliser, comme Manon, « Clin d’œil » a été une opportunité géniale, une carte de visite. Et cela a permis la rencontre entre technicien·nes en Bretagne.

Camille, avec votre triple casquette, avez-vous eu envie de réaliser ?

Toutes les assistantes réalisation ne veulent pas devenir réalisatrices ! Mon métier de cœur c’est comédienne. Puis je suis venue à l’assistanat de réalisation parce que j’avais envie de participer à la création d’un film plus en amont. J’aime beaucoup ce poste et la relation avec le ou la réalisateurice. J’ai été première assistante sur plusieurs projets du dispositif « Clin d’œil » et aussi récemment sur un court de Paul Marques Duarte (« Je crois entendre encore ») et j’ai adoré toutes ces expériences. Si je réalise un jour, c’est parce que j’aime les acteur.rice.s et la mise en scène. Je mobiliserai une personne à l’écriture et je travaillerai main dans la main avec le ou la chef opérateur.rice, ce sera un projet collectif. J’adore le collectif, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai tant aimé travailler sur « Camarades ».

Propos recueillis par Valérie Ganne

* Avec le soutien Bretagne Cinéma (soutien financier de la Région et accompagnement de l’Accueil des tournages)

Note : Gigi Akoka, directrice de casting parisienne, avait la responsabilité des rôles principaux. La comédienne Manon Kneusé a remporté le prix d’interprétation au festival Série Mania 2026 pour son rôle.

Découvrir la série CAMARADES

Partager :

Notre actualité

La newsletter Cinéma