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Vivement Lundi! : « Nous croyons à la stop motion et à sa capacité à émouvoir le public »

Vivement Lundi ! est installée à Rennes depuis 1998. Multi-primée, notamment pour « Flee » (2020) et « Interdit aux chiens et aux italiens » (2022), la société de production prépare la sortie en salle d’« Olivia » d’Irene Iborra le 22 janvier. Les deux producteurs, Jean-François Le Corre et Mathieu Courtois, reviennent sur la genèse de ce film et sur la force de la technique de stop-motion rennaise.

Crédit photo : OLIVIA au cinéma le 22 janvier © CITOPLASMAS _ KINETIC ARMATURES _ CORNELIUS FILMS _ BÍGARO FILMS _ VIVEMENT LUNDI ! _ PANIQUE! _ PÁJARO _ NADASDY FILM

Quand et comment avez-vous découvert Olivia, projet initié en Espagne ?

Mathieu Courtois : J’ai assisté à une séance de pitch d’Irene Iborra et des producteurs espagnols du film au Cartoon Movie de Bordeaux en mars 2020. J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce projet dont je connaissais déjà un peu la réalisatrice. Puis le confinement a un peu ralenti les choses. Nous avons signé à l’automne 2021 après avoir reçu la première version du scénario qui a conforté notre coup de cœur. Nous avons alors commencé à travailler au développement du film, de la réécriture au story-board.

Crédit photo : Mathieu Courtois (à gauche) et Jean-François Le Corre (à droite)

Jean-François Le Corre : Je dis parfois en plaisantant que Mathieu et moi sommes les deux techniciens bretons qui ont le plus travaillé sur Olivia ! Nous avons collaboré un an sur le script avec Irène, car pour obtenir des soutiens en France le niveau est très concurrentiel. Nos partenaires belges, Vincent Tavier et Hugo Deghilage de Panique!, avaient les mêmes exigences. Nous avons également suivi de très près les étapes du story-board et de l’animatique, sans jamais rien lâcher de nos exigences. Les producteurs espagnols s’impatientaient un peu car ils avaient obtenu très vite les soutiens nationaux et avaient des impératifs de calendrier. Mais la réalisatrice a très bien compris que ce temps était nécessaire au bon développement du film.

Quels autres talents bretons ont travaillé sur Olivia ?

MC : Une partie des armatures et des costumes des marionnettes ont été réalisés à Rennes. Puis l’étape du compositing a été dirigée par Sylvain Lorent à Rennes. Cette étape importante de la post-production était partagée entre Rennes, la Suisse et surtout Barcelone, où nous avons envoyé Sébastiàn Chala qui a été notre « agent de liaison » pour préparer le compositing pendant les neuf mois de tournage. 

Crédit photo : Fabrication des marionnettes d’OLIVIA au studio rennais

Comment vous répartissez-vous les rôles entre producteurs ?

JFLC : Mathieu et moi avons une longue habitude de collaboration sur nos longs métrages. Nous sommes en quelque sorte les Dupont et Dupond de l’animation bretonne (rire). Nous travaillons en duo dès le début des projets. Puis, comme Mathieu dirige notre studio Personne n’est parfait!, je m’éloigne le temps de la fabrication, pour revenir à la post-production. C’est là que notre savoir-faire est unique. Pour vous donner un exemple, le studio a travaillé deux mois au compositing d’une séquence du début d’Olivia. C’est une scène où la petite fille, sa mère et son frère, imaginent une baleine bleue nageant dans leur appartement vide. Mathieu tenait à ce que l’intégration de la baleine dans ce décor inattendu, sa nage, l’écume, soient parfaits. Aucun détail ne lui échappe, c’est l’un des hommes les plus exigeants que je connaisse au compositing.

MC (rire) : C’est vrai que je suis assez content de cette séquence, que l’on a refaite plusieurs fois, avec des allers-retours avec l’Espagne. Le point de vue artistique est le domaine de la réalisatrice mais la technique pour obtenir ce qu’elle souhaite, c’est notre savoir-faire.

Olivia évoque une réalité difficile, la précarisation des enfants, mais aussi la solidarité qui se construit autour d’eux. Était-ce important de véhiculer un message d’espoir ?

JFLC : Je produis du documentaire depuis plus de vingt ans, j’ai été marqué par le cinéma social anglais des années 80, notamment grâce au festival de Dinard. J’y ai découvert Stephen Frears et les comédies de Ken Loach. Des films comme Riff-Raff ou Raining Stones racontaient la pauvreté de la société anglaise des années Thatcher avec humour et humanité. On retrouve cette humanité dans Olivia, où les enfants sont capables d’affronter des événements difficiles et de réagir ensemble. Nous avons aussi pensé à Ma vie de courgette de Claude Barras, que la réalisatrice a beaucoup cité. L’un des plus beaux compliments que j’ai reçu après une projection est venu d’Isabelle Vanini, déléguée générale de l’Afca (Association française du cinéma d’animation), qui m’a dit : « Tous les personnages existent ». Nous avons beaucoup travaillé le scénario en ce sens.

C’est un film sur le collectif, sur des enfants qui découvrent la solidarité. Olivia remet la solidarité au cœur d’un projet de société. On en a bien besoin aujourd’hui.

Le roman espagnol dont est tiré Olivia date de 2008. Malheureusement, les difficultés des femmes élevant seules leurs enfants sont toujours d’actualité.

JFLC : Oui, je tiens à le souligner, cela a été fondamental dans notre engagement dans le film. Des femmes proches de nous, à Rennes aussi, peuvent tomber dans la précarité avec leurs enfants. Les chiffres du mal-logement en France sont malheureusement bien connus.

Sous quelle forme Bretagne Cinéma vous a-t-elle soutenus sur Olivia ?

JFLC : Nous avons bénéficié de deux aides créées en 2019 par la Région. Tout d’abord l’aide au codéveloppement international, qui nous permet d’entrer très tôt en coproduction sur un film, et de ne pas être seulement un partenaire financier. Nous avons également bénéficié de l’aide à la production structurante, liée aux impacts en termes de dépenses et de tournage en Bretagne.

Crédit photo : OLIVIA au cinéma le 22 janvier © CITOPLASMAS _ KINETIC ARMATURES _ CORNELIUS FILMS _ BÍGARO FILMS _ VIVEMENT LUNDI ! _ PANIQUE! _ PÁJARO _ NADASDY FILM

Olivia est nommé aux Goya en Espagne, l’équivalent de nos César, c’est une bonne nouvelle !

JFLC : Excellente, mais qui ne nous surprend pas : c’est le premier long métrage espagnol réalisé en stop-motion, dans une année exceptionnellement riche pour le cinéma national. Cela compense le fait que les résultats en salles en Espagne ont été décevants. Olivia y a reçu un très bel accueil critique et fait partie des nommés aux Prix Gaudi du cinéma catalan et aux European Films Awards.

Comment va-t-il être distribué le 21 janvier ?

JFLC : En France, nous avons la chance d’avoir des distributeurs très forts dans le domaine des films art et essai pour jeune public, comme Haut et Court, Diaphana, Gebeka, ou encore KMBO, qui nous a accompagné tôt sur Olivia. Dès 2023, alors que l’on peinait encore à convaincre des partenaires financiers, le soutien de Vladimir Kokh a été déterminant. Son équipe fait un travail formidable. Olivia a reçu le Label jeune public de l’Afcae, nous sommes soutenus par ce solide réseau de salles art et essai françaises. Pour le moment, 135 salles ont déjà programmé le film en première semaine.

MC : Au festival d’Annecy, Olivia a reçu le prix de la Fondation Gan à la diffusion, nous sommes fiers d’avoir été au Palmarès. Nous n’avons pas la force de frappe marketing des films d’animation américains, mais avons confiance en nos films. Une fois que les spectateurs les découvrent en salle, ils les aiment et en parlent autour d’eux. Mais il faut les faire venir, éveiller leur curiosité… 

Vous avez coproduit un autre film en stop-motion avec la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie, Les Contes du pommier.

JFLC : Il sortira en salle en France le 8 avril, mais il a déjà rassemblé 15 000 spectateurs en Slovénie, ce qui est un vrai succès à l’échelle du pays. Et aujourd’hui, Olivia et Les Contes du pommier sont tous deux nommés aux European Film Awards. Nous en sommes très heureux, même si les médias français sous-estiment l’importance de ces prix européens. L’année 2026 commence bien pour ces deux coproductions européennes, réalisées en stop-motion avec notre savoir-faire et nos talents, notamment Rennais. En tant que producteurs, nous croyons à la technique de la stop-motion et à sa capacité à provoquer l’émotion et à captiver le public. Ces deux films ont été chaleureusement accueillis par la profession, maintenant, nous espérons que le public va répondre présent !

Propos recueillis par Valérie Ganne.

Découvrir les films OLIVIA et LES CONTES DU POMMIER.

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