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“C’était un bonheur de tourner “Notre fils” chez moi”

“Notre fils” d’Elsa Blayau a été tourné à Rennes entre le 9 octobre et le 14 novembre 2025. Avant sa diffusion sur France Télévisions prochainement, cet unitaire a été sélectionné au Festival de la fiction de La Rochelle qui s’ouvre le 15 septembre prochain. Adapté du livre autobiographique de Vincent Robert, “Notre fils” évoque le long processus d’adoption de Théo, huit ans, par un couple de deux pères.

Crédit photo : La réalisatrice Elsa Blayau sur le tournage de “Notre fils” © Jean-Philippe Boitel

Comment avez-vous connu l’histoire de Vincent Robert dont est tiré “Notre fils” ? 

J’ai rencontré le producteur Ivan Sadik de StudioFact pour un café et nous nous sommes très bien entendus. Après deux heures et demie de conversation, Ivan m’a proposé un scénario : “ce serait formidable que ce soit toi qui le réalises.” C’était le scénario de Vincent Robert, qu’il a écrit à partir de sa propre histoire et de son livre “L’île aux deux paons” publié par StudioFactEditions. 

Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce récit ?  

Je m’intéresse aux histoires familiales et ce sujet de l’adoption tardive m’a tout de suite parlé. J’ai été frappée par l’émotion qui se dégageait du scénario que j’ai lu comme une grande histoire d’amour. Ce sujet est nécessaire et j’ai appris beaucoup de choses en le lisant. Il y a encore tant de préjugés sur l’adoption tardive, il y a un message à faire passer. 

Pourquoi avez-vous choisi Rennes comme lieu principal de tournage ? 

Cela fait aussi partie de la belle histoire de ce film. Le producteur imaginait la ville de Strasbourg. Habitant Rennes depuis dix ans, j’avais envie de tourner près de chez moi. Je tenais à apporter un décor de bord de mer, pour donner de la respiration à ce film, pour que le spectateur ait le temps de souffler après les moments difficiles de l’histoire. Sans faire de psychologie de comptoir sur “la mer” et “la mère” (qui est la grande absente de la vie de Théo), je voulais que l’on voie la mer à l’écran. Nous avons donc modifié le scénario pour que le foyer soit en bord de mer, à Lancieux. Et puis le directeur de production, Franck Lebreton (qui n’est pas breton je le précise) aimait beaucoup tourner en Bretagne et connait bien les équipes locales. Nous avons donc choisi de faire le film ici sans même savoir si nous serions aidés financièrement par la Région*.

Crédit photo : “Notre fils” a été tourné en partie à Lancieux © Jean-Philippe Boitel

Une partie du casting a eu lieu aussi en Bretagne ? 

Pour le rôle central de Théo, le petit garçon adopté, plus de 70 enfants ont été vus par deux directrices de casting, Marion Peyret à Paris et Clémentine Fritsch à Rennes. Dans les trois enfants pré-sélectionnés, j’ai choisi Mahé Beaudon-Kyriacou qui vit en région parisienne. Clémentine a aussi trouvé une dizaine de rôles en Bretagne : j’ai retrouvé Elisa Sommet que j’avais remarquée il y a longtemps. Elle est rennaise et joue la responsable de la maison départementale des Côtes-d’Armor. Gilles Vanderweed est l’éducateur, Lety Pardalis la magistrate, Caroline Darchen l’assistante sociale, entre autres… 

Quels ont été les décors importants ? 

Un enfant petit ne peut pas travailler plus de trois heures par jour. Il nous fallait donc des décors flexibles où Mahé pouvait tourner ses scènes le matin et les adultes continuer l’après-midi. La repéreuse Solène Combemale a trouvé un lieu idéal en plein cœur de Rennes, l’EPNAK. C’est un centre de réinsertion professionnelle pour jeunes adultes en situation de handicap, un très grand bâtiment avec plusieurs ailes et plusieurs décors possibles. Nous y avons recréé le foyer de Théo, “Le blé en herbe”, les deux maisons départementales d’adoption des Côtes-d’Armor et de la Nièvre, le palier de la maison d’une des grands-mères et même un hôpital pour une scène. Nous avons investi ce grand bâtiment comme un studio de cinéma. Sans l’EPNAK, le tournage n’aurait pas été possible. 

Où étaient les habitants pendant la semaine de tournage à l’EPNAK ? 

Ils étaient là et ils nous ont ouvert leurs portes. L’équipe administrative nous a mis à disposition ses bureaux pour des demi-journées, nous avons utilisé les couloirs entre les habitations des pensionnaires. Ça a aussi animé le lieu : certains ont joué les figurants, les gens de la production leur ont fait découvrir les différents métiers d’un tournage. Cela faisait partie du projet : on investissait leurs bureaux et leurs lieux de vie, c’était normal qu’ils investissent aussi le tournage… 

Sur les 70 techniciens mobilisés, 50 étaient bretons dont une vingtaine de rennais, y compris des chef.fe.s de poste. Est-ce plus facile aujourd’hui de recruter une équipe très majoritairement bretonne ?  

C’est la première fois que je tourne à Rennes, donc je n’ai pas de comparatif. Mais j’ai le sentiment que depuis dix ans, on trouve des personnes très qualifiées sur tous les territoires, en particulier en Bretagne. Nous sommes restés 16 jours à Rennes et c’était vraiment fluide. C’était un bonheur de tourner chez moi. 

Mado Le Fur était chargée d’éco-production sur ce tournage, était-ce important pour vous ?  

Aujourd’hui, nous sommes vraiment tous sensibilisés à réduire notre empreinte carbone. Dans l’équipe de “Notre fils”, trois techniciens avaient fait une formation d’éco-production. Pour les décors, nous avons fait appel à des ressourceries locales, nous avons recyclé des objets, qui étaient revendus à l’équipe après le tournage. Et puis l’équipe se déplaçait à vélo, car Rennes est une ville vraiment faite pour le vélo. Ça a créé une ambiance inédite ! 

Crédit photo : Le premier rôle de Mahé Beaudon-Kyriakou dans “Notre fils” © Jean-Philippe Boitel

Peut-on dire que “Notre fils” est votre premier “drame social” ? 

En effet, c’est un film avec un fond sociétal important et c’était une belle chance pour moi de pouvoir le réaliser. J’ai toujours beaucoup aimé les films de Jeanne Herry comme “Pupille” et “Je verrai toujours vos visages”. Ce sont des sujets qui m’intéressent de plus en plus. D’ailleurs je travaille sur le thème des médiations familiales, qui sont des espaces de médiation de conflits conjugaux ou familiaux. Cela fait deux ans que je suis en observatrice des médiatrices dans leur travail à l’Espace Médiation 35 de Rennes. Elles ouvrent le dialogue, elles font circuler à nouveau la parole, c’est passionnant.  

Pour terminer, quelques mots sur la musique, composée par Alexis Rault ?  

Nous avons une très bonne entente artistique depuis huit films, en comptant les courts métrages. Alexis a fait le conservatoire de Rennes, son premier instrument c’est la guitare classique. Nous lisons chacun le scénario, puis nous nous envoyons des références musicales en ping-pong. Jusqu’au jour merveilleux où il m’envoie un premier thème. Pour « Notre fils », c’était le thème de Théo, un morceau de guitare très doux, très émouvant, avec des sonorités chaleureuses. J’ai trouvé que ce morceau correspondait parfaitement à l’esthétique que je voulais donner au film. J’aime beaucoup aussi le thème des deux pères, au générique de début et au bal des pompiers. Alexis sait respecter les silences et poser la musique là où elle sert l’émotion. Au festival de fiction de la Rochelle où sera présenté “Notre fils”, les musiciens sont invités, ils sont considérés comme des auteurs à part entière. Le film a aussi été choisi pour la projection d’ouverture “hors les murs” à l’Ile de Ré. Après notre avant-première à Rennes, j’ai hâte de découvrir les réactions du public à La Rochelle.  

Propos recueillis par Valérie Ganne

*Soutenu par Bretagne Cinéma, le film a reçu l’aide à la production de la Région Bretagne en partenariat avec le CNC et l’accompagnement personnalisé de l’Accueil des tournages.

Synopsis

À 8 ans, Théo vit dans un foyer de l’ASE. Il rêve d’une famille et demande chaque jour pourquoi il n’y a pas droit. À 500 kilomètres, Romain et Antoine luttent contre les méandres administratifs pour faire renouveler leur agrément d’adoption. Leur rencontre est un choc, une évidence : entre eux, le lien s’impose comme une promesse. Mais pour que ce lien devienne une famille, ils devront surmonter de nombreux obstacles … et Théo, apprivoiser son histoire. Un combat émouvant et porteur d’espoir, où l’on découvre que dans certaines histoires, ce n’est pas la famille qui choisit l’enfant, mais l’enfant qui choisit sa famille.

  • Production : Ivan Sadik, StudioFact 
  • Réalisation :  Elsa Blayau 
  • Scénario :  Vincent Robert d’après son livre “L’île aux deux paons”  
  • Casting : Gil Alma (Romain), Benoit Michel (Antoine), Mahé Beaudon-Kyriacou (Théo), Nadia Roz (Ines), Annie Gregorio (Maria), Marie-Christine Adam (Martine) 
  • Diffuseur : France Télévisions 

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